Le
"MIDI LIBRE"
12 Novembre 1998

MUSIQUES SANS PAROLES ET INVERSEMENT
CHANSON
Certains ne chantent sans doute pas assez mais d'autre, à l'évidence, parlent trop.
Entre un musicien comme René Aubry qui caresse à peine en passant "le Vent" de Georges Brassens et MC Solaar, imparable dans la ludique logorrhée, deux manières différentes d'avoir l'esprit de la chanson.
Un petit coup de pouce pour
commencer aux
Guitaristes associés. Cette
association strasbourgeoise présente un premier disque
réunissant des artistes amateurs, piliers de piano bars
ou pas, de niveaux techniques variables mais soudés par
l'amour principal de l'instrument.
Le résultat n'est pas toujours convaincant malgré
une adaptation pour six cordes des Feuilles mortes qui ouvre en
souplesse cette ballade populaire et vagabonde réunissant
Gershwin et Brassens, le Born to be wild des Steppenwoolf et les
banjos de la conquête de l'ouest.
La guitare, c'est comme on veut quand on veut semblent nous dire
ces musiciens que vous pouvez rejoindre, si le coeur vous en dit
et si vous êtes un praticien du blues, du folk, du rock,
de la chanson ou de la country... (renseignements, tél.
03 88 41 08 51).
René
Aubry c'est autre chose. Compositeur accompli,
recherché par les gens de scène
(Philippe Genty pour le théâtre, Carolyn Carlson pour la danse, excusez du peu) et croisant parfois le cinéma (bande originale de la Révolte des enfants, et de Killer Kid), cet autodidacte attachant, reconnu par le métier et encore relativement mal connu.
Le fait est qu'il ne fait rien pour se simplifier vraiment la tâche. On pourrait en effet le définir comme un chanteur oubliant de chanter. Un fredonneur de musique instrumentale qui, à force de trop bien s'accompagner de la guitare - son instrument de prédilection - lui en commande la plupart du temps la ligne de chant.
Plus
" fredonneur " que chanteur,
le discret René Aubry
sort un album tout en finesse
C'est le
cas avec ce nouveau disque, sorte de déclaration d'amour
aux arpèges, à une clarté acoustique de cordes
jamais écrasées par
l'orchestration (harmonica, violon, cuivres), tout au plus à
la lutte fratricide avec un piano, et qui qui ne laisse de sa
voix qu'une interprétation murmurée, dans le souffle,
légèrement voûté sur le pont des Arts,
d'un. vieux standard météorologique de Brassens.
Finesse, luminosité, arrogance rythmique, goût de la répétition confortable, du crescendo modeste, du plus simple au plus compliqué. du moëlleux intimiste à du roboratif façon Ennio Morricone (Prima Donna), René Aubry creuse bien son sillon. Etant entendu que ses Plaisirs d'amour relèvent, avec ce que cela peut supposer de délicieusement surrané, d'un amour tout ce qu'il y a de courtois.
Les bavards débarquent en bande dans un disque intitulé le Défi : dix-sept façons de raper par dix-sept artistes ou groupes différents. L'état des lieux collectifs pour dire l'état d'âme d'une jeunesse qui a su gagner son accès à la musique sans avoir eu la plupart du temps accès au solfège.
Avec deux tendances très fortes quant à l'inspiration " textuelle " : dire d'où l'on vient, la galère et/ou le bonheur des origines et décrire la France contradictoirement comme paradis rêvé et déception majeure. Chacun a son petit mérite sur ce registre hélàs un peu limité de l'auto-biographie (il y a les vrais râleurs niais aussi les humoristes) et musicalement parlant on se demande parfois si tout ce beau monde n'aurait pas intérêt à se regrouper...
Ecouter dans
la foulée le double CD live de MC Solaar confirme un peu
cette idée qu'en France, dans ce domaine, il y a lui et... les autres.
Lui qui ne se contente pas de décrire son nombril et son environnement imédiat mais préfère oeuvrer, en toute immodestie, dans les figures plus littéraires de la métaphore ou de l'allégorie (ce double album est présenté comme un petit livre), pour dire finalement, que les Temps changent.
Et qu'il convient, fût-ce en se dandinant joliment dans les nights et dans les limites d'une lucidité élégante, de regarder cela d'un peu plus près.
Talentueux
poète d'une nouvelle époque,
MC Solaar "modernise" la langue française
pour la rendre accessible à tous
J.-F. BOURGEOT