"L'EST RÉPUBLICAIN"
14 Octobre 1998

L'amour fou Pour son nouvel album, le dixième, René Aubry, Après plusieurs albums où il a mis l'électronique au service de ses partitions, René Aubry renoue avec la guitare, ses premières amours. Ce glissement vers l'acoustique particulièrement heureux apporte un peu plus d'intensité à treize titres où le style identifiable entre tous du compositeur, bâtit un univers vibrant, un de ces mondes qui parlent autant à l'épiderme qu' au sentiment. Autour des arpèges, orchestre à cordes et piano tissent, tour à tour, leurs mélodies.
compositeur attitré de Carolyn Carlson et Philippe Genty, a mis sa vie en musique.
Une superbe partition."Salento", titre d'introduction, donne le ton de cette invitation au voyage aux allures d'une carte du tendre contemporaine. Les livrets qui s'enchaînent, éveillent dans la mémoire quelques images enchantées, vibrantes de vie comme ce "Sirtaki à Helsinki" quand elles ne balancent pas avec l'émotion communicative qui habille, invariablement, la tendresse.Depuis le premier jour, l'oeuvre d'Aubry s'est imposée par la profondeur de son inspiration. Original dans sa mise en forme, le raffinement de l'écriture, "Plaisirs dAmour" génère de véritables ravissements. Difficile de ne pas chavirer en découvrant le mariage charnel et païen de la gui tare et de l'harmonica, d'un accordéon ou encore de cuivres généreux.
Au très méditerranéen "Lungomare" succède l'obsédant "refrain" de "La Petite Cascade", livrée sur le ton d'une enivrante intimité.
Mattoti
Pour cette montée en puissance vers le bonheur, René Aubry s'est entouré des meilleurs: Thierry Caens à la trompette, Bruno Fontaine au clavier, le violon de Christophe Guiot. "Flow", merveille d'harmonie, clôt magnifiquement l'ensemble, en exalte toute la beauté brute. La dernière note à peine dissipée, une envie de replonger dans ces autres "Plaisirs d'Amour" s'impose, irrésistible.Illustré par Mattoti, le livret prolonge l'ambiance de cette symphonie. Dans des teintes feutrées, il s'est habillé de silhouettes lumineuses, corps lacifs parfois enlacés qui renvoient à l'élégance naturelle de l'écriture du compositeur. Tout se passe comme si le trait suggestif du graphiste italien et cette musique ne pouvaient que finir par se rencontrer. Alors Aubry raconte comment le courant est immédiatement passé quand ils se sont croisés lors du festival du court métrage d'Amiens où l'un et l'autre avaient été conviés à participer au jury.Ce nouvel enregistrement, le dixième, n'est pas lié comme la plupart des précédents à la "dramaturgie" des ballets de Carolyn Carlson ou aux mises en scène du marionnettiste Philippe Genty, dont il est devenu le compositeur fétiche. "Plaisirs d'Amour", mené patiemment à bien sur trois années, est la BO de sa propre histoire, d'une rencontre qui a marqué sa vie. Barbara A. à qui le disque est dédié pouvait-elle rêver plus bel hommage.
La scène
Le projet depuis longtemps chéri d'un "retour" vers la chanson, est repoussé d'autant. Un seul des titres, "Le Vent" a été emprunté à Brassens. Le nouvel habillage du classique ne manque pas d'intérêt. "Ce n'est pas prémédité. Un jour, je grattais et j'ai retrouve cet arpège. J'aime beaucoup ce qu'il a écrit. J'ai appris la guitare avec." Suivent des considérations sur Ferré qu'il redécouvre avec ravissement.René Aubry qui s'est produit à Bari, en Italie, en compagnie d'un grand orchestre, pense sérieusement à renouer avec la scène. Son dernier CD constitue une occasion unique de mener à bien ce projet, entouré cette fois, d'une petite formation. L'occasion de découvrir, dans sa version live, toute la dimension d'un répertoire que personne, désormais, ne doit ignorer. La Victoire attribuée à "Signes" récompensait autant les chorégraphies de Carolyn Carlson que leur mise en musique par Aubry. Un pas de plus vers la reconnaissance par un public élargi qui ne saurait plus tarder. "Plaisirs d'Amour" constitue, à n'en pas douter, le moyen idéal pour sceller ce pacte.
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