"SIGNES"
1998, Les "5èmes Victoires de la Musique Classique et du Jazz"
Victoire : Catégorie Production Chorégraphique en France
Chorégraphie Carolyn CARLSON, Musique René AUBRY![]()
"SIGNES"
par Laurent Métayer
Après sept albums en sept ans, René Aubry pouvait donner l'impression d'avoir fait le tour de ses possibilités. Deux années sabbatiques semblaient augurer d'une nouvelle direction. En fait, Signes ouvre bien un nouveau chapitre. Mais le compositeur ne l'alimente d'aucune transfiguration artificielle. Considérant les démarches formelles comme secondaires, il a en effet préféré approfondir l'exploitation de ses propres ressources, aller plus loin encore dans la mise en valeur de sa singularité.
C'est de nouveau auprès de Carolyn Carlson qu'il trouvera donc matière à se renouveler tout en restant lui-même (voire en le devenant davantage), en composant la musique du spectacle "Signes", chorégraphie exécutée d'après sept tableaux d'Olivier Debré. N'étant pas vraiment amateur de danse, c'est essentiellement pour la musique que je me suis rendu, fin mai 1997, à l'Opéra Bastille. Je fus pourtant absolument émerveillé par cette véritable féerie sensorielle.
Le premier tour de force de l'album qui en est issu (mais qui n'est pas une "bande originale", comme pour les autres CD, chaque titre ayant été remodelé spécialement pour ce format musical) est de restituer de façon incroyable les images mentales qu'on pouvait croire enfouies à jamais. Aussi, même persuadé que la qualité de cette musique n'échappera à personne, je conserve le sentiment de posséder une dimension supplémentaire.
Ceci est peut-être illusoire, car il est évident que "Signes" tire une intensité émotionnelle de son onirisme très marqué. Chacun saura assurément créer ses propres images, même si elles sauraient difficilement avoir la force de celles créées par Carolyn Carlson.
En fait, René Aubry a peaufiné son art, renforçant ses points forts, délaissant ses côtés les moins essentiels. Tout ce qui est dit dans ce dossier à propos de ses particularités musicales se retrouve dans ce nouvel opus, mais celles-ci paraissent totalement exaltées, trouvent cette fois une atmosphère spécialement adaptée à leur plein épanouissement.
Il faut savoir qu'à la musique écrite pour l'illustration des sept tableaux d'Olivier Debré, René Aubry a ajouté des transitions composées pour le changement de toiles et d'objets, et aborder le climat suivant, de sorte que la musique se trouvait ininterrompue sur près d'une heure et demie.
Plus que jamais le compositeur a pu travailler avec le temps, retrouvant en cela l'esprit des tranquilles respirations de -Dérives- (de l'album du même titre).
Plus encore que dans cet excellent morceau, il y gère le silence avec intelligence et sensibilité, comme ingrédient essentiel utilisé pour véhiculer à la fois le rêve et l'émotion comme très peu savent le faire.
Pour l'album, toutes les transitions n'ont pas été retenues. Sans support visuel, cela aurait sans doute paru un peu long.
Enfin qu'importe, l'unité a de tuméfaction été préservée. Les trois derniers titres, composés hors spectacle, permettent de s'en rendre compte, prenant l'aspect de génériques de fin de film qui permettraient de sortir en douceur du rêve pour reprendre le contact avec la réalité.
Ajoutons enfin à tout cela que le son de ce CD est, à lui seul, déjà un réel bonheur et que l'écoute au casque, particulièrement recommandée, amplifie agréablement le confort de l'expérience sensitive.
Pour reprendre l'expression de Monique Bennet pour le livret de Libre Parcours, plus encore que pour les précédents, vous écouterez ce nouvel album -au coeur des casques- comme on écoute la mer au fond d'un coquillage.
Laurent Métayer
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