

Ce n'est pas une formule extraite du chamanisme , mais l'équation lucide entre la réflexion passionnée d'un producteur-éditeur (Jacques Marbehant) et la musique passionnante des quatre des plus créatifs compositeurs de la constellation française des musiques sans étiquettes : René Aubry, Henry Torgue, Serge Houpin et Jean Philippe Goude.
Ils s'aventurent sans complexe vers un type de composition nouvelle, suivant un mouvement d'amplification du matériau ( du baroque au minimalisme, en passant par le music-hall, la pop et le rock ) et des sources sonores ( de l'orgue de cristal et l'accordéon aux guitares électriques et synthétiseurs). Ce qui résulte un cas à part dans le panorama très conservateur et "revivaliste" de l'industrie musicale française.
Car, à la différence des musiques d'illustration sonore, les musiques produites chez Hopi Mesa sont des véritables traversées à vue sur les sentiers enfouis de l'émotion et les méridiens de l'inconscient. Comme un mode de recherche intuitif de l'inspiration fascinante d'un discours qui se dévoile au tempo récurrent de la mémoire.
Fière de ses six ans d'existence improbable, qui apparaît comme un démenti flagrant aux maisons de disques qui prônent l'impossibilité de rentabiliser les actuelles musiques innovatrices, Hopi Mesa fête dans la durée les 75 mille copies vendues de "Steppe" et, pour la dernière année, les 30 mille de "Ne m'oublie pas". Ces albums enregistrés par Aubry, en l'occurrence le musicien le plus en vue des artistes "maison", représentent deux bons exemples d'équilibre entre la dimension artistique et l'exercice commercial.
Or, le point commun entre ces musiciens est leur invisibilité. Ce sont des mouvements sonores convergents et inclassables, tel des univers ouverts à la mobilité des corps, à l'action imagée, à la gestualité des représentations. les musiciens chez Hopi Mesa privilégient le travail de composition et l'enregistrement discographique sur celui de la performance scénique.
Pourtant, leurs musiques sont des musiques de scène dans le sens d'être conçues essentiellement pour faire partie d'un spectacle plus complexe, théâtrale ou chorégraphique (très célébrées sont les collaborations d'Aubry avec Carolyn Carlson ou de Torgue/Houpin avec Philippe Genty et Jean Claude Gallotta). Mais aussi, ce sont des musiques orientées vers le cinéma ou convoitées par les ouïes encore sensibles qui survivent à la télévision.
Des musiques "hors-catégories", les plus souvent rattachées aux musiques nouvelles à l'instar de leur tonalité et leur minimalisme, mais qui révèlent autant d'influences pop que classiques.
Des chansons sans paroles, aime dire René Aubry, qui continuent à vivre indépendamment des spectacles originaux. Comme la meilleure "quatri-théraphie" contre la pollution sonore.