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Biographie |
"Vertiges"
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VERTIGES
"VERTIGES", le dernier CD de Henry Torgue et Serge Houppin, sorti chez Hopi Mesa, en 2001, est un hommage à tous les danseurs, hommes et femmes, qui ont porté leur musique à travers le monde.
Extrait audio:
"Le Concile des Zoogs"
(QuickTime 77ko)
Henry TORGUE a été sur scène en compagnie de Bojan Z (un des pianistes les plus novateurs de la scène jazz européenne), en Mars 2001, au Théâtre & Espace culturel Saint André d'Abbeville.
Deux pianos pour une rencontre : musicalement inclassables, ils ont en commun d'être d'exceptionnels instrumentistes privilégiant toujours l'émotion à la seule virtuosité.
par Robert Briatte
Au royaume du fantastique de tous les jours, une reine sans tête nous met le coeur à l'envers. Voilà ce que dès l'abord, avec sa belle et énigmatique pochette, nous offre à voir "Vertiges", le nouveau disque de Henry Torgue et Serge Houppin. Rouge fleur poussée dans la grisaille urbaine, moderne ménine vissée dans le béton, ou bien marionnette séduite et abandonnée là par quelque adorateur flou ?
La réponse aux tourments de cette derviche en robe vermeille, avec ses adorables jambes appelant à leur secours les merveilleux nuages, vous l'entendrez dans ces musiques pleines de bien d'autres images encore, musiques qui poussent jusqu'au coeur du ciel leur inclination au vertige.
Danse, danses, chacune des quatorze pièces du présent recueil rend hommage au ballet ou à la mise en scène qui les a inspirés.
Entre émotion et lucidité, entre ironie et sentiment, entre évidence et mystère, quatorze morceaux n'excédant pas les trois minutes en général, parti pris de brièveté, et pourtant autant de microclimats développés en spirale et qui ricochent de l'un l'autre, de telle sorte qu'on a l'impression de les entendre tournoyer à l'infini. Quatorze tranches de vie pour conjurer le vide, avec leurs personnages, vifs ou claudicants, souples ou gauches, qui nous invitent à écouter leurs histoires sans paroles, familières et éternelles.
Vous avez dit "évidence" ? Cultiver l'évidence, c'est l'une des caractéristiques essentielles des productions du label Hopi Mesa.
Henry Torgue l'exprime très bien ainsi : "On est très près de notre public, je dirai même que nos mélodies sont déjà dans la tête des gens, et il n'y a plus qu'à les dire, et les jouer. Nous cultivons un champ familier à l'oreille de nos auditeurs. Pas de surenchère académique dans nos compositions, l'évidence de notre expression découle de ce simple fait : notre principale recherche, c'est la recherche de la simplicité. On révèle ce qui est déjà là, chacun dans le public peut se dire : « Cette mélodie, j'aurais pu la trouver moi-même », et alors, que ce soit dans un mode mineur ou plus gai, on touche au coeur tous ceux qui veulent bien nous écouter".
Qu'on n'imagine pas, pour autant, que les pistes de Vertiges nous emmènent sur des traces par trop connues. Non, le mystère se renouvelle toutes les trois minutes environ, et ce n'est pas le moindre des paradoxes de cet album que de nous prendre par la fin.
Ad lib, un titre bien bizarre pour une introduction, le plus long morceau par ailleurs du disque...
Rumeurs de foule, paroles indistinctes, échos lointains de la place Djemaa-el-Fna ou de n'importe quel paysage onirique qu'il vous échoit de traverser aux heures les plus sombres de vos nuits.Reine de coeur vermillon, Marrakech Menine, il me semble difficile de me pendre à votre cou, sans que vous preniez vos jambes à vos dessous. Le lent cortège ibérique, andalou, accordéon nostalgique en bandoulière,
"Monsieur Loyal nous vous attendons encore, que faites-vous donc ?", le lent cortège se met en place.
Ad lib inaugure à merveille, avec un brin d'effroi, cette invitation inquiétante au rêve. Notre ménine, voici qu'elle danse au milieu de Djemaa-el-Fna revisitée par Giorgio de Chirico. Peut-on dire d'une musique qu'elle est menaçante ? Il y a une menace qui sourd de cette introduction.Ce n'est pas Le Concile des Zoogs, tirés des draps et des pensées du sombre Lovecraft de Démons et merveilles, qui nous fera changer d'avis. Les Zoogs sont parmi nous. Leur bande sautillante ne dépare pas dans le cortège, qu'une almée plus belle que l'Orient -l'Orient-Express, évidemment, pendant 3'16- vient déranger dans le mouvement limpide de sa danse aérienne : Le Train nu, comme Le Serment d'Alice sont d'envoûtants hommages à la mécanique des fluides.
Mécanique, toujours, avec la fausse bonhomie de la fanfare qui nous joue alors Où va le monde ?, dans une atmosphère de bastringue post-nucléaire. Le chef de la fanfare a un sourire inquiétant, la fête ne sera pas complète, on le sent bien, tant que l'on ne vous aura pas expédié ad patres.Assurément, le monde ne va pas bien, Monsieur... Moi non plus, je ne vais pas très bien, mais il faut que j'y aille. Où donc ?
Mais me perdre, Monsieur, dans la moiteur de Malacca Bay, dans les percussions entêtantes d'Aruana song, dans les lignes enjôleuses de l'accordéon et de la musique légère de Plume.S'insinuent alors les premières notes de l'acmé mélodique de ce disque, le splendide Asraï, gymnopédie désespérée jouant sur un subtil balancement entre dérision et enfoncement, où -sur un accompagnement assez classique- se joue précisément, jusque dans le déséquilibre, une lente descente aux enfers dans l'abîme de la partie droite du clavier.
Retour à l'Orient avec La Salle d'espérance, avec son début en sirène d'ambulance, Orient honni mal-aimé adoré, cet Orient compliqué et nécessaire où tout nous ramène comme aux sources de nous-mêmes. L'hommage est net, impeccable, pas d'exotisme de bazar, le voyage est sans illusion, en dépit du titre. Salle d'attente, dans l'antichambre de nous-mêmes, entre amnésie et anesthésie. Le rythme se fait lancinant, fasciné.En contraste total avec la majesté, avec la tension apaisée, de L'Angélie, ce royaume où tout est musique. Majesté également, avec vue sur l'amer, dans une ambiance encore de musique foraine et mécanique, celle des Belvédères du doute, où tourne un manège détraqué, au bénéfice me semble-t-il- de l'ineffable Mister Kite qui se produisait, il y a tant d'années, dans le cirque où jouait l'Orchestre des Coeurs solitaires.
Il y a tant d'années... Paupières de sable, berceuse pour une enfance perdue, clôt l'album, que l'on va devoir refermer. On est dans l'indécidable. Brusques accès de doute. Chaque regard croise le regard de l'autre. Le cortège vient à peine de se former, semble-t-il. C'est ce qu'on croit, un instant, mais c'est que le temps a passé, tout simplement. Quarante-huit minutes, et quelques poussières, qui volent encore. Lorsque la musique se tait, mais que justement, on l'entend encore.
Il est l'heure de se séparer. Les yeux rougis d'avoir trop veillé au chevet de notre enfance, en effet, dans cet entredeux de la vie où se love la musique, entre joie et drame, entre conscience et abandon, cette musique à écouter fort, très fort, jusqu'au vertige.
Robert BRIATTE
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Henry TORGUE, Sociologue diplômé de Sciences Politiques et Docteur en Urbanisme, a toujours mené de front sa pratique de compositeur-musicien et une activité universitaire. Chercheur au CNRS (Centre National de la Recherche Scientifique) au sein de l'équipe du CRESSON (Centre de Recherche sur l'Espace Sonore et l'Environnement Urbain), il mène des travaux sur la culture sonore au quotidien, et sur l'inter activité des images et des sons.
Il a publié plusieurs ouvrages ("Ville Imaginaires", "l'Espace et son Double", aux Editions du Champ Urbain) et également le Que-Sais-Je ? sur "La Pop Music et les musiques Rock", entièrement réactualisé en 1997.Son dernier ouvrage "A l'Ecoute de l'Environnement", cosigné avec Jean François Augoyard, est une réflexion collective sur la dimension sonore de la vie quotidienne et se présente sous la forme d'un Répertoire des Effets Sonores. Il est paru en septembre 1995 aux Editions Parenthèses.
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